(Zonebourse.com) - De nombreux gouvernements européens sont confrontés à une dégradation de leurs finances publiques et à une pression politique croissante. Pour les investisseurs obligataires, une approche sélective et flexible est essentielle", observent James Ringer, gérant de portefeuille obligataire chez Schroders et George Thompson, gérant de portefeuille au sein de ce même gestionnaire d'actifs.
Les obligations d'Etat européennes reviennent sur le devant de la scène . Portée par des rendements réels à des niveaux inédits depuis plusieurs décennies et des situations financières des Etats de plus en plus divergentes, cette classe d'actifs offre désormais un socle de revenus plus solide, mais présente un éventail d'opportunités plus complexe .
Pour les deux experts, la France illustre aujourd'hui à la fois les difficultés auxquelles sont confrontés les investisseurs en dette souveraine et l'intérêt d'une approche flexible : "Son important déficit et la fragmentation de son parlement rendent difficile la mise en place d'un assainissement budgétaire crédible, tant au niveau de la concertation que de la mise en oeuvre, rendant la prime de risque souverain particulièrement sensible aux prochains budgets, aux élections et aux autres évolutions politiques."
Cette transformation structurelle du marché, conjuguée aux divergences budgétaires et politiques au sein de la zone euro, accentue la dispersion des performances et renforce les arguments en faveur de la gestion active, qui vise à saisir des opportunités susceptibles d'échapper aux portefeuilles passifs.
Un point d'entrée attractif pour les taux souverains européens
James Ringer et George Thompson le confirment : "Les obligations d'Etat européennes constituent désormais une source de revenus attractive à part entière : "Les rendements nominaux se situent désormais nettement au-dessus des anticipations d'inflation à long terme implicites du marché. Cette situation marque un retournement par rapport à la décennie précédente, caractérisée par des rendements réels profondément négatifs. En termes relatifs, les rendements des indices d'obligations d'Etat en euros sont aujourd'hui globalement comparables à ceux des obligations d'entreprises libellées en euros notées investment grade."
Plus remarquable encore, pour la première fois depuis la crise financière mondiale de 2007-2008, les investisseurs en obligations d'Etat en euros bénéficient d'un rendement réel supérieur aux anticipations de croissance réelle à long terme de la zone euro. "Concrètement, les rendements réels ont atteint leur plus haut niveau depuis plus d'une décennie. C'est un point de départ intéressant où les investisseurs obligataires n'ont plus à compter uniquement sur l'appréciation du capital liée à la baisse des taux d'intérêt pour générer des rendements", détaillent les deux gérants de Schroders.
La dispersion accrue des marchés offre un environnement plus favorable à la gestion active. Toutefois, les valorisations attractives ne constituent qu'une partie de l'analyse. La divergence croissante entre les marchés renforce l'intérêt de la gestion active, sous l'effet de deux facteurs clés :
1. La normalisation du bilan de la Banque Centrale Européenne (BCE) : du soutien de la banque centrale à la formation des prix par le marché
"Une grande partie de la réévaluation des marchés s'explique par les hausses de taux décidées par la BCE, ainsi que par celles qui ont été anticipées. Toutefois, la réduction progressive du bilan dans le cadre de laquelle la BCE cesse de réinvestir intégralement le capital des titres arrivant à échéance a également joué un rôle important. La normalisation des bilans a effectivement éliminé du marché un important acheteur 'insensible aux prix' et, outre l'augmentation des charges d'intérêts pour les Etats, a entraîné une dispersion des cours sur le marché", signalent James Ringer et George Thompson.
Depuis le début du resserrement quantitatif de la BCE en 2023, les investisseurs privés ont absorbé une part croissante des émissions nettes obligataires. Contrairement à la BCE, ces investisseurs sont sensibles aux prix et disposent de capacités de bilan limitées. Ils comparent les opportunités entre les marchés et exigent une rémunération suffisante au regard des risques pris.
"Nous considérons cette évolution comme positive. Elle devrait favoriser un marché plus sélectif, propice à la gestion active. L'évolution divergente des obligations d'Etat espagnoles et françaises depuis la fin du resserrement quantitatif en constitue un exemple clair. Elle reflète l'amélioration des fondamentaux souverains de l'Espagne et une trajectoire plus difficile pour la France", souligne Schroders.
2 - Les divergences budgétaires et politiques au sein de la zone euro
Le retour à une formation des prix davantage déterminée par le marché est important, car la situation budgétaire de la zone euro devient à la fois plus difficile et plus hétérogène. Dans de nombreux pays, le taux d'intérêt effectif de la dette dépasse déjà la croissance économique, ce qui entraîne une hausse du ratio d'endettement en l'absence d'une politique budgétaire restrictive.
Dans le même temps, d'autres dépenses sont en hausse. Le vieillissement de la population accroît les besoins en matière de retraites, de santé et d'autres services publics, tandis que le renforcement des engagements de défense exerce une pression supplémentaire sur les budgets nationaux.
"Il est important de noter que les gouvernements sont confrontés à ces pressions à partir de situations de départ très différentes. Le poids de la dette, les soldes primaires, les perspectives de croissance et les profils de refinancement varient considérablement d'un pays à l'autre, tout comme la capacité politique à augmenter les recettes ou à réduire les dépenses", relèvent James Ringer et George Thompson.
Le calendrier rend l'année à venir particulièrement importante. L'Espagne organisera des élections législatives anticipées à la fin du mois de novembre, tandis que la France, l'Italie et la Grèce doivent toutes tenir des élections nationales en 2027. Plusieurs échéances budgétaires majeures se concentreront ainsi sur une période de douze mois. Les campagnes électorales pourraient déboucher sur des engagements difficiles à concilier avec les contraintes budgétaires existantes. Les accords de coalition et les plans budgétaires qui suivront permettront ensuite d'évaluer la volonté et la capacité des gouvernements à procéder aux ajustements nécessaires.
Les marchés peuvent sous-estimer ces contraintes tant que les choix politiques restent en suspens, puis réévaluer brutalement les risques lorsque leurs implications deviennent plus claires. À l'inverse, les annonces politiques peuvent entraîner une hausse excessive des primes de risque par rapport à l'évolution réelle des fondamentaux. Pour Schroders, "le calendrier électoral de 2027 constitue donc une succession de catalyseurs potentiels, susceptibles d'accentuer les différences entre les émetteurs souverains et de faire émerger de nouvelles opportunités pour les investisseurs actifs."
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